{"id":65200,"date":"2013-12-10T01:21:19","date_gmt":"2013-12-09T23:21:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.gbopera.it\/?p=65200"},"modified":"2013-12-28T04:27:34","modified_gmt":"2013-12-28T02:27:34","slug":"entrevue-avec-leo-nucci","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/entrevue-avec-leo-nucci\/","title":{"rendered":"Entrevue avec Leo Nucci"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Un moment privil\u00e9gi\u00e9 pass\u00e9 avec le Baryton <strong>Leo Nucci,<\/strong> en dix questions- r\u00e9ponses.<b><br \/>\nApr\u00e8s de longues ann\u00e9es d&#8217;absence sur la sc\u00e8ne marseillaise, quels sentiments ce retour provoque-t-il en vous?<br \/>\n<\/b>Pour moi, retrouver le public marseillais apr\u00e8s plus de quinze ans d&#8217;absence sur cette sc\u00e8ne qui a vu passer les plus grands chanteurs, est une grande joie, mais aussi une immense \u00e9motion. Ici j&#8217;ai chant\u00e9 les plus grands r\u00f4les du r\u00e9pertoire dans les somptueuses mises en sc\u00e8ne de Jacques Karpo, alors directeur de l&#8217;Op\u00e9ra de Marseille. Avec Michelangelo Veltri \u00e0 la baguette et des partenaires d&#8217;exception tels que Gh\u00e9na Dimitrova, Jos\u00e9 Van Dam, Giacomo Aragall ou Fiorenza Cossotto, pour n&#8217;en citer que quelques uns, nous formions une \u00e9quipe. Ce sont les plus beaux souvenirs de ma carri\u00e8re, gr\u00e2ce au public, aux musiciens, \u00e0 l&#8217;ambiance familiale qui r\u00e9gnait dans le th\u00e9\u00e2tre. A cette \u00e9poque venir \u00e0 Marseille, c&#8217;\u00e9tait un peu comme rentrer \u00e0 la maison.<br \/>\n<b>Votre longue carri\u00e8re cache-t-elle un secret?<br \/>\n<\/b>Je n&#8217;ai jamais pens\u00e9 en terme de carri\u00e8re. Vous savez, lorsqu&#8217;on est jeune, on a envie de chanter et l&#8217;on chante d&#8217;abord pour le plaisir, ensuite par amour pour le public qui vous soutient par ses applaudissements, on entre alors dans un \u00e9change, et je suis rest\u00e9 dans ce sch\u00e9ma, plaisir, amour partage, sans penser \u00e0 faire une carri\u00e8re.<br \/>\nLorsque je chante, je vis, et j&#8217;essaie de vivre le mieux possible. Le contact avec le public est une \u00e9motion en direct. Bien que j&#8217;aie chant\u00e9 dans 68 ouvrages et interpr\u00e9t\u00e9 72 r\u00f4les, je choisis les ouvrages et maintenant, avec plus de soin encore.<br \/>\nJe n&#8217;interpr\u00e8te que les r\u00f4les dans lesquels je me sens bien vocalement et, (petit sourire) sc\u00e9niquement. Actuellement, je ne chante que des ouvrages de Verdi. Depuis quelques ann\u00e9es, je me produis avec une tr\u00e8s petite formation compos\u00e9e de cinq instruments, un piano, un violon, un alto, un violoncelle et une harpe. Nous venons de nous produire \u00e0 Vienne et entreprendons une tourn\u00e9e dans diff\u00e9rentes villes, Londres, Gen\u00e8ve, Bilbao&#8230;\u00a0 C&#8217;est une autre approche du lyrique et permet une alternative au r\u00e9cital avec piano.<br \/>\n<b>Vous enchantez votre public bien s\u00fbr, mais aussi un public nouveau, plus jeune, est-ce cela qui vous donne l&#8217;envie de toujours chanter?<br \/>\n<\/b>Oui, bien s\u00fbr. Le public est un protagoniste \u00e0 part enti\u00e8re dans un spectacle, et le mot &#8220;\u00e9change&#8221; revient. Le public nous porte, nous donne l&#8217;envie de toujours faire mieux, en \u00e9change, nous lui offrons la musique, la voix, la dramaturgie, c&#8217;est \u00e0 dire le r\u00eave. Que serait un artiste sans le public? Notre plus grand souci est de ne jamais le d\u00e9cevoir.<br \/>\n<b>Et en parlant de public, y a-t-il des lieux qui vous portent plus que d&#8217;autres?<br \/>\n<\/b>Non, je ne pense pas. Tous les lieux qui rassemblent un public sont des lieux de communion. Le public o\u00f9 qu&#8217;il soit vous donne tout, mais attention, il faut aussi tout lui donner et surtout \u00eatre honn\u00eate; le public aime la sinc\u00e9rit\u00e9 et la ressent instantan\u00e9ment. Lorsque la confiance s&#8217;installe c&#8217;est merveilleux, c&#8217;est une fusion imm\u00e9diate.<br \/>\n<b>Voyez-vous une \u00e9volution dans le domaine de l&#8217;op\u00e9ra?<br \/>\n<\/b>On a souvent reproch\u00e9 \u00e0 l&#8217;op\u00e9ra d&#8217;\u00eatre un art un peu fig\u00e9, mais je ne suis pas d&#8217;accord. Sur sc\u00e8ne l&#8217;op\u00e9ra fait vivre des personnages, et en plus du th\u00e9\u00e2tre parl\u00e9, il apporte la musique. C&#8217;est un art complet. Sous pr\u00e9texte de le faire \u00e9voluer on va vers des voies qui ne m\u00e8nent \u00e0 rien sinon \u00e0 d\u00e9truire ce qui a \u00e9t\u00e9 si long \u00e0 construire dans une id\u00e9e de perfection.<br \/>\nle public nouveau qui va \u00e0 l&#8217;op\u00e9ra recherche, il me semble, une v\u00e9rit\u00e9 dans la musique, il n&#8217;est pas dans une recherche d&#8217;excentricit\u00e9. Je pense que nous sommes \u00e0 une \u00e9poque charni\u00e8re, les gens n&#8217;ont plus envie de gaspillage, ils ne veulent plus perdre leur temps ou leur argent pour entendre et voir des choses qui ne les comblent pas et auxquelles ils ne comprennent parfois rien. Le snobisme tend \u00e0 dispara\u00eetre et c&#8217;est tant mieux.<br \/>\nAlors, maintenant, le public accepte de voir un op\u00e9ra sous forme concertante, les salles se remplissent et le succ\u00e8s est au rendez-vous, on ne recherche plus l&#8217;\u00e9motion o\u00f9 elle n&#8217;est pas, le plaisir et l&#8217;\u00e9motion viennent de la musique et des interpr\u00e8tes uniquement.<br \/>\n<b>Qu&#8217;est-ce qui a chang\u00e9 selon vous?<br \/>\n<\/b>Le changement n&#8217;est pas arriv\u00e9 d&#8217;un coup, c&#8217;est une \u00e9volution sur plus d&#8217;une dizaine d&#8217;ann\u00e9es, mais pas seulement \u00e0 l&#8217;op\u00e9ra malheureusement. Ce qui a chang\u00e9 c&#8217;est la v\u00e9rit\u00e9 en toutes choses, l&#8217;honn\u00eatet\u00e9, le rapport avec le travail bien fait. Nous sommes entr\u00e9s dans un monde virtuel o\u00f9 la vie r\u00e9elle ne compte pas, o\u00f9 l&#8217;art n&#8217;est bas\u00e9 que sur l&#8217;argent. Alors, c&#8217;est le public peut-\u00eatre et je dis bien peut-\u00eatre, qui va faire changer les choses. Car paradoxalement, lui qui vient chercher du r\u00eave a encore les pieds sur terre et il ne cautionnera plus les spectacles qui ne lui apporteront rien.<br \/>\nIl me semble tout de m\u00eame que le domaine musical ne s&#8217;en sort pas trop mal car les salles sont pleines. Il faut reconna\u00eetre qu&#8217;un artiste est un artisan qui ne peut pas se contenter de faire de &#8220;l&#8217;\u00e0 peu pr\u00e8s&#8221; et le public le sait. Pour ma part, je veux bien \u00eatre un l\u00e9gionnaire, mais je ne serai jamais un mercenaire.<br \/>\n<b>Avez-vous des r\u00f4les favoris?\u00a0 Rigoletto, bien s\u00fbr<\/b>.<br \/>\nBien s\u00fbr Rigoletto. Je l&#8217;ai chant\u00e9 tant de fois, mais toujours en me mettant dans la peau de ce personnage. J&#8217;aime les r\u00f4les de &#8220;p\u00e8res&#8221;, Germont de Traviata par exemple, des r\u00f4les qui correspondent \u00e0 mon \u00e2ge, mais j&#8217;affectionne tout particuli\u00e8rement Simon Boccanegra ou le Doge de &#8220;I due Foscari&#8221;.<br \/>\n<b>Les mises en sc\u00e8ne actuelles vous choquent-elles?<\/b><br \/>\nJe suis plus que choqu\u00e9, je suis en col\u00e8re. Je vois des choses sur sc\u00e8ne que je ne peux pas supporter. Je suis contre toute vulgarit\u00e9, contre les transpositions qui nuisent \u00e0 l&#8217;oeuvre. Les jeunes chanteurs subissent les desiderata des metteurs en sc\u00e8ne (maintenant les r\u00e9gies), mais je n&#8217;ai jamais \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 ce genre de situation. Le privil\u00e8ge de l&#8217;\u00e2ge (sourire), je peux dire non. Je ne chante pas pour me mettre dans des situations d\u00e9licates ou carr\u00e9ment grotesques et les personnages doivent correspondre \u00e0 ce qu&#8217;ils sont dans le livret. c&#8217;est pourquoi je chante tr\u00e8s volontiers dans des versons concertantes.<br \/>\n<b>Etes-vous pessimiste quant \u00e0 l&#8217;avenir de l&#8217;op\u00e9ra?<br \/>\n<\/b>Je ne pense pas que l&#8217;op\u00e9ra passe de mode. Il repr\u00e9sente certaines valeurs de l&#8217;humanit\u00e9. C&#8217;est un patrimoine philosophique aussi bien qu&#8217;artistique. On construit des th\u00e9\u00e2tres dans des pays qui \u00e9taient ferm\u00e9s \u00e0 la musique occidentale. Les op\u00e9ras se jouent de par le monde et une grande partie des chanteurs de demain viennent d&#8217;Asie. L&#8217;Asie qui garde encore ses traditions, ne serait-ce qu&#8217;au Japon avec le th\u00e9\u00e2tre <i>Kabuki<\/i>, va peut-\u00eatre devenir la gardienne des n\u00f4tres avec l&#8217;op\u00e9ra.<br \/>\nLa culture devient universelle, c&#8217;est un kal\u00e9idoscope ouvert sur le monde. Esp\u00e9rons que notre culture gardera son identit\u00e9 et ne sera pas noy\u00e9e dans un lac&#8230; d&#8217;inculture.<br \/>\n<b>Parlez-nous de vos projets.<br \/>\n<\/b>Oui, encore des projets, mais simplement consacr\u00e9 \u00e0 Giuseppe Verdi. Un<em> Simon Boccanegra<\/em> \u00e0 Piacenza en mars, je serai aussi \u00e0 Vienne en avril pour f\u00eater la 500\u00e8me (officielle) de <em>Rigoletto<\/em>, la <em>Traviata<\/em> fin avril \u00e0 Munich, puis le Japon, Pekin, La Scalla&#8230;.. et sans doute un retour \u00e0 marseille.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un moment privil\u00e9gi\u00e9 pass\u00e9 avec le Baryton Leo Nucci, en dix questions- r\u00e9ponses. 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