{"id":66900,"date":"2013-07-28T23:03:51","date_gmt":"2013-07-28T21:03:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.gbopera.it\/?p=66900"},"modified":"2016-11-26T22:19:55","modified_gmt":"2016-11-26T21:19:55","slug":"une-magnifique-elektra-sur-qui-repose-tout-louvrage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/une-magnifique-elektra-sur-qui-repose-tout-louvrage\/","title":{"rendered":"Une magnifique Elektra sur qui repose tout l&#8217;ouvrage."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">En cette soir\u00e9e du 22 juillet, le public a r\u00e9serv\u00e9 un triomphe au spectacle le plus attendu du Festival d&#8217;Aix-en-Provence.Des chanteurs de premier ordre, un chef d&#8217;orchestre consid\u00e9r\u00e9 comme un des meilleurs de sa g\u00e9n\u00e9ration et un metteur en sc\u00e8ne qui a fait \u00e9cole. Richard Strauss, trois ans apr\u00e8s avoir compos\u00e9 sa sulfureuse &#8221; <i>Salom\u00e9<\/i> &#8221; s&#8217;attaque \u00e0 &#8221; <i>Elektra <\/i>&#8221; autre mythe de l&#8217;antiquit\u00e9. Ce personnage tout de fureur a d\u00e9j\u00e0 inspir\u00e9 Eschyle, Sophocle et Euripide, mais c&#8217;est sur un livret \u00e9crit par Hugo Hofmannsthal d&#8217;apr\u00e8s la pi\u00e8ce de Sophocle, que Richard Strauss b\u00e2tit son op\u00e9ra dont la premi\u00e8re a lieu \u00e0 Dresde en 1909.<br \/>\nA la charni\u00e8re entre le XIXe et le XXe si\u00e8cle, il compose une musique qui va marquer les esprits narrative, dramatique, aux couleurs puissantes, elle impose le style du compositeur.<br \/>\nRichard Strauss qui a l&#8217;habitude de la direction se sert avec g\u00e9nie de tous les instruments pour cr\u00e9er cette tension qui r\u00e8gne dans tout l&#8217;ouvrage. Pour lutter contre un orchestre initialement compos\u00e9 de 110 musiciens, (98 ici) cet ouvrage n\u00e9cessite de grandes voix et le r\u00f4le <i>d&#8217;Elektra<\/i> \u00e9crit dans une tessiture tr\u00e8s tendue est si physique qu&#8217;il est dangereux de le chanter trop souvent et trop longtemps.<br \/>\nCette \u00e9criture post wagnerienne reprend quelques &#8221; id\u00e9es &#8221; propres \u00e0 Richard Wagner leitmotivs, th\u00e8me li\u00e9 \u00e0 un personnage tels les trois accords scandant le nom <i>d&#8217;Agamemnon<\/i>.<br \/>\n<strong>Patrice Ch\u00e9reau signe une mise en sc\u00e8ne qui impose sa propre interpr\u00e9tation<\/strong> des personnages. <i>Clytemnestre<\/i> est une femme que ses doutes rendent plus humaine, presque trop. Ext\u00e9rieure \u00e0 son personnage, elle joue avec d\u00e9tachement loin de la femme hant\u00e9e par ses cauchemars, essayant de comprendre et sa fille et ses propres sentiments. Dans une robe noire sobre et chic elle n&#8217;est que distinction\u00a0 et rend incompr\u00e9hensible la fureur qui habite <i>Elektra<\/i>. <i>Chrisothemis<\/i> a des r\u00e9actions trop proches de celles de sa soeur, elle ne cadre plus avec la jeune fille aux d\u00e9sirs simples d\u00e9crite par Hofmannsthal. Oreste aussi est sans aucune passion donnant l&#8217;impression d&#8217;\u00eatre ext\u00e9rieur \u00e0 son personnage.<br \/>\n<strong>La pi\u00e8ce est trait\u00e9e ici comme on pouvait peut-\u00eatre la jouer dans un th\u00e9\u00e2tre antique<\/strong> avec des acteurs un peu statiques aux mouvements lents. Le d\u00e9cor fait de hauts murs gris cr\u00e9e un lieu qui pourrait aussi bien \u00eatre une demeure, un palais ou une prison avec des podiums qui en s&#8217;avan\u00e7ant mettent en relief certaines situations. Les costumes sont intemporels dans des teintes pass\u00e9es et les lumi\u00e8res douces deviennent plus crues selon l&#8217;intensit\u00e9 de l&#8217;action.<br \/>\nLe choc vient <i>d&#8217;Elektra<\/i> pr\u00e9sence, \u00e9nergie, compr\u00e9hension du personnage sans elle, l&#8217;<i>Elektra<\/i> de Patrice Ch\u00e9reau n&#8217;aurait certainement pas soulev\u00e9 autant d&#8217;enthousiasme de la part du public. D\u00e9terrant la hache de la vengeance d\u00e8s le d\u00e9but, elle domine ce r\u00f4le terrible, l&#8217;habite et nous fait vivre avec elle cette trag\u00e9die jusqu&#8217;\u00e0 la derni\u00e8re note.<br \/>\n<strong>Ce n&#8217;est pas la mise en sc\u00e8ne de Patrice Ch\u00e9reau qui est d\u00e9routante mais plut\u00f4t sa vision des personnages qui change totalement l&#8217;impact de l&#8217;oeuvre sur les spectateurs.<\/strong> La tension cr\u00e9\u00e9e au d\u00e9but par une bonne direction des servantes diminue d\u00e8s l&#8217;entr\u00e9e de <i>Clytemnestre<\/i> pour ne revenir \u00e0 son paroxysme que pendant la danse finale d&#8217;<i>Elektra<\/i>. Peut-on faire la comparaison avec l&#8217;<i>Elektra<\/i> donn\u00e9e il y a quelques mois \u00e0 l&#8217;op\u00e9ra de Marseille o\u00f9 tout \u00e9tait trait\u00e9 dans un &#8221; huis clos &#8221; d&#8217;une tension extr\u00eame?<br \/>\n<strong>Evelyn Herlitzus<\/strong> en plus de son charisme poss\u00e8de une voix magnifique qu&#8217;elle projette avec g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Chaque aigu d&#8217;une justesse parfaite est rond, sonore, puissant, jamais cri\u00e9, son vibrato stable donne une chaleur particuli\u00e8re \u00e0 ses notes. On pourrait craindre que la beaut\u00e9 de sa voix affaiblisse le personnage, il n&#8217;en est rien. Puissante, sauvage, vengeresse, elle le restera jusqu&#8217;\u00e0 la fin avec une voix sans faille et une grande homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 dans chaque registre, se permettant des nuances tout en gardant cette belle rondeur de son. c&#8217;est une <i>Elektra<\/i> que l&#8217;on n&#8217;oubliera pas de sit\u00f4t.<br \/>\nIl est dommage de diminuer cette tension dramatique avec la vision d&#8217;une <i>Clytemnestre<\/i> un peu d\u00e9tach\u00e9e, sans agressivit\u00e9, presque sans force de caract\u00e8re, l&#8217;annonce de la mort d&#8217;<i>Oreste<\/i> la laisse m\u00eame d&#8217;une froideur \u00e9tonnante. <strong>Waltraud Meier<\/strong> poss\u00e8de sans conteste une tr\u00e8s belle voix bien plac\u00e9e avec des aigus puissants et ronds au timbre chaud.Elle chante tr\u00e8s en place, avec une diction parfaite, c&#8217;est une voix que l&#8217;on \u00e9coute avec beaucoup de plaisir dont les attaques s\u00fbres sont projet\u00e9es sans duret\u00e9 et l&#8217;on se souvient de chacune de ses interpr\u00e9tations wagn\u00e9riennes au Festspielhaus de Bayreuth tout en regrettant qu&#8217;elle ne puisse pas ici donner plus de force \u00e0 son personnage. Le frisson n&#8217;est pas au rendez-vous et l&#8217;affrontement entre m\u00e8re et fille devient un <i>duo<\/i> o\u00f9 perce la tendresse.<br \/>\n<strong>Adrianne Pieczonka<\/strong> met sa belle voix au service d&#8217;une <i>Chrysothemis<\/i> un peu trop volontaire. Son timbre chaleureux fait ressortir l&#8217;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des voix de ce trio f\u00e9minin d&#8217;exception.Une belle diction, une bonne projection, une voix large avec de beaux aigus et un vibrato agr\u00e9able font qu&#8217;elle est une <i>Crhysothemis<\/i> tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9e malgr\u00e9 un manque de fra\u00eecheur dans le personnage.<br \/>\nLes servantes participent au succ\u00e8s avec des voix homog\u00e8nes et puissantes. Elles jouent avec d\u00e9termination laissant comprendre le texte avec une grande justesse et une belle mise en place. Une mention sp\u00e9ciale pour <strong>Bonita Hyman<\/strong> dont la voix large et profonde de mezzo-soprano laisse vibrer chaque note et <strong>Roberta Alexander<\/strong> dont les aigus et la ligne musicale nous font appr\u00e9cier cette voix de soprano aux teintes chaudes et au vibrato chaleureux.<br \/>\n<strong>Mikhail Petrenko<\/strong> qui chante <i>Oreste<\/i> a une voix qui, comme son personnage, manque d&#8217;ampleur et son r\u00e9cit de la mort d&#8217;<i>Oreste<\/i> n&#8217;a pas l&#8217;impact que l&#8217;on attendrait. Manquant de projection sa voix est couverte par un orchestre d\u00e9cha\u00een\u00e9 et sonore qui n&#8217;est plus en rapport avec l&#8217;action au ralenti que l&#8217;on voit sur la sc\u00e8ne.<br \/>\nC&#8217;est <i>Egysthe<\/i> qui \u00e9tonnement montre ici le plus de virilit\u00e9 chant\u00e9 par un<strong> Tom Randle<\/strong> en grande forme dont la voix bien plac\u00e9e passe au-dessus de l&#8217;orchestre gr\u00e2ce a une bonne projection. Sir <strong>Donald Mcintyre<\/strong> baryton-basse, et <strong>Franz Mazura<\/strong> basse, ont tous deux des voix profondes; repr\u00e9sentant des hommes d&#8217;un certain \u00e2ge, le manque de volume sonore ne choque pas. Malgr\u00e9 un r\u00f4le tr\u00e8s court, on remarque <strong>Florian Hoffmann<\/strong> pour sa pr\u00e9sence, sa voix timbr\u00e9e et ses phrases bien rythm\u00e9es.<br \/>\n<strong>Esa-Pekka Salonen<\/strong> dirige un orchestre de Paris au mieux de sa forme, faisant entendre des sonorit\u00e9s superbes larges et pleines aux attaques nettes sans duret\u00e9 mais le d\u00e9calage entre la musique et le jeu des chanteurs d\u00e9stabilise un peu cette musique \u00e0 fleur de peau \u00e0 la limite parfois de l&#8217;hyst\u00e9rie.Dirigeant avec autorit\u00e9 et maestria, Esa-Pekka Salonen plus dans une recherche de sonorit\u00e9s passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la f\u00e9brilit\u00e9 qui agite toute l&#8217;oeuvre. C&#8217;est sans conteste une repr\u00e9sentation de haut niveau qui aura marqu\u00e9 ce Festival d&#8217;Aix-en-Provence.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En cette soir\u00e9e du 22 juillet, le public a r\u00e9serv\u00e9 un triomphe au spectacle le plus attendu du [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":74,"featured_media":56724,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[445,978,5940,9354,145,8249,14675],"class_list":["post-66900","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-senza-categoria","tag-elektra","tag-esa-pekka-salonen","tag-festival-daix-en-provence","tag-foreign-readers","tag-opera-lirica","tag-patrice-chereau","tag-richard-strauss"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66900","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/users\/74"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66900"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66900\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/media\/56724"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66900"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66900"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66900"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}