{"id":66907,"date":"2013-07-11T23:50:28","date_gmt":"2013-07-11T21:50:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.gbopera.it\/?p=66907"},"modified":"2016-12-09T00:55:35","modified_gmt":"2016-12-08T23:55:35","slug":"dmitri-tcherniakov-persiste-et-signe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/dmitri-tcherniakov-persiste-et-signe\/","title":{"rendered":"Aix-en-Provence 2013: &#8220;Don Giovanni&#8221;"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Aix-en-Provence, 8 Juillet 2013<br \/>\n<\/em>Cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Prague le 29 octobre 1787 sur un livret de Lorenzo Da Ponte <i>Don Giovanni<\/i> est sans doute avec <i>La Fl\u00fbte enchant\u00e9e<\/i> l&#8217;ouvrage le plus connu de Wolfgang Amadeus Mozart. Il traversera d&#8217;ailleurs les si\u00e8cles sans conna\u00eetre aucune \u00e9clipse.<br \/>\nDans cet op\u00e9ra compos\u00e9 plus de cent ans apr\u00e8s que Moli\u00e8re ait \u00e9crit la pi\u00e8ce l&#8217;intrigue, dans les grandes lignes, reste la m\u00eame et nous raconte l&#8217;histoire d&#8217;un d\u00e9bauch\u00e9 puni (il dissoluto punito), pour reprendre le titre du livret original de da Ponte; et Don Juan restera le type m\u00eame du s\u00e9ducteur libertin.<br \/>\nSi la musique de Mozart colle au texte et \u00e0 l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite, nous rencontrons ici quelques probl\u00e8mes de compr\u00e9hension.<br \/>\n<strong>En effet Monsieur Tcherniakov nous donne sa vision et son interpr\u00e9tation du mythe donjuanesque et les spectateurs qui sont venus pour entendre la musique de Mozart<\/strong> et profiter d&#8217;un spectacle o\u00f9 tout concorde\u00a0 pour nous rapprocher du compositeur risquent fort d&#8217;\u00eatre, tout comme moi, d\u00e9\u00e7us, choqu\u00e9s et m\u00eame en col\u00e8re. Aucune critique de la soci\u00e9t\u00e9 car ici la soci\u00e9t\u00e9 est remplac\u00e9e par une famille en d\u00e9composition.<br \/>\nLeporello n&#8217;est plus le valet de Don Juan mais un lointain parent, Zerlina n&#8217;est plus paysanne mais elle est la fille d&#8217;une pr\u00e9c\u00e9dente union de Donna Anna et Donna Elvira est une cousine. On peut facilement imaginer les invraisemblances et les confusions dans toute cette fantaisie inutile.<br \/>\n<strong>On peut toujours crier au g\u00e9nie devant la relecture faite par Monsieur Tcherniakov mais alors pourquoi se servir de Mozart<\/strong> pour donner sa propre vision du monde et ainsi d\u00e9truire un chef-d&#8217;oeuvre qui a s\u00e9duit des milliers de spectateurs depuis plus de deux cents ans? Pourquoi ne pas cr\u00e9er sa propre pi\u00e8ce avec un nouveau Don Juan o\u00f9 l&#8217;on se servirait des codes actuels? Pourquoi? Mais sans doute parce qu&#8217;il est plus facile de d\u00e9truire que de cr\u00e9er un chef-d&#8217;oeuvre. Ayant affirm\u00e9 ma position, je tenterai tout de m\u00eame de vous rendre compte de ce <i>Don Giavanni<\/i> nouvelle version.<br \/>\n<strong><i>L&#8217;op\u00e9ra bouffa<\/i> est respect\u00e9 mais pouss\u00e9 ici \u00e0 l&#8217;extr\u00eame plus vulgaire que repr\u00e9sentatif d&#8217;une \u00e9poque,<\/strong> faisant appel \u00e0 des clich\u00e9s outranciers sans aucun rapport avec cette musique d\u00e9licate et raffin\u00e9e. Don Juan peu soign\u00e9, mal ras\u00e9 portant un manteau qui n&#8217;a plus de forme est la r\u00e9plique de Marlon Brando dans le film<i> le dernier tango \u00e0 Paris<\/i>. C&#8221;est un \u00eatre fatigu\u00e9 qui contient en lui m\u00eame tous les Don Juan du pass\u00e9, nous dit Monsieur Tcherniakov, dont la seule arme de s\u00e9duction est la parole. Leporello n&#8217;est plus le valet servile mais un vague parent qui prend Don Juan pour mod\u00e8le. Donna Elvira est la femme d\u00e9laiss\u00e9e mais hyst\u00e9rique et n\u00e9vros\u00e9e. M\u00eame Donna Anna s&#8217;accroche \u00e0 son agresseur pour le garder ne voulant pas le\u00a0 repousser. Zerlina aussi voudrait bien \u00eatre la seule \u00e9lue dans le coeur de Don Juan. Il n&#8217;a pourtant rien d&#8217;envo\u00fbtant. Buvant tout au long de la soir\u00e9e, vautr\u00e9 par terre ou sautant sur un fauteuil en riant sottement il a plut\u00f4t l&#8217;air d&#8217;un \u00e9gar\u00e9 que d&#8217;un s\u00e9ducteur manipulateur.<br \/>\n<strong>L&#8217;action prend son temps, ne respecte pas l&#8217;unit\u00e9 de temps classique et se d\u00e9roule sur plusieurs semaines.<\/strong> Par contre ici c&#8217;est l&#8217;unit\u00e9 de lieu qui est retenue, toute l&#8217;action se passe dans la m\u00eame pi\u00e8ce, le salon salle \u00e0 manger biblioth\u00e8que du commandeur. Par chance le d\u00e9cor est superbe: des boiseries, un lustres monumental, une immense table, les costumes sont modernes et h\u00e9t\u00e9roclites avec un \u00e9trange tutu blanc pour Zerlina mais les autres sont color\u00e9s et jolis \u00e0 regarder. Chaque sc\u00e8ne est rythm\u00e9e par la bruyante descente d&#8217;un rideau o\u00f9 s&#8217;inscrit la marche du temps ce qui enl\u00e8ve toute continuit\u00e9 \u00e0 l&#8217;action. Le jeu de cache-cache des acteurs est simul\u00e9 par des masques permettant ainsi les \u00e9changes et<i> viva la liberta<\/i>! La sc\u00e8ne se termine sur une col\u00e8re de Don Juan qui renverse la table avant que le rideau ne tombe.<br \/>\n<strong>Apr\u00e8s l&#8217;entracte Don Juan couch\u00e9 sur le sol, fin saoul<\/strong> se verse de l&#8217;alcool sur la t\u00eate et vraiment cela n&#8217;apporte rien \u00e0 part de choquer un peu. Il chante tr\u00e8s <i>piano<\/i> sa s\u00e9r\u00e9nade accompagn\u00e9 par la mandoline tout en dansant seul d&#8217;un pas mal assur\u00e9.<br \/>\nLes actions s&#8217;encha\u00eenent sans que l&#8217;on se sente concern\u00e9 par ce que l&#8217;on voit. Ici pas de statue, pas d&#8217;effet surnaturel, le commandeur appara\u00eet pour le d\u00eener, il n&#8217;entra\u00eene pas Don Juan dans les enfers mais ce dernier finira terrass\u00e9 par ses exc\u00e8s et sa grande fatigue. Pas de grandeur, pas de terreur non plus et l&#8217;on n&#8217;est pas m\u00e9content que cela se termine. A part le commandeur, Leporello et Donna Elvira les chanteurs ont chang\u00e9 par rapport \u00e0 la production de 2010.<br \/>\n<strong>Rod Gilfry<\/strong> est Don Juan. Sc\u00e9niquement il est le parfait Don Juan voulu par le metteur en sc\u00e8ne mais on ne peut y croire. Certainement g\u00ean\u00e9 par cette interpr\u00e9tation, sa voix est souvent mal assur\u00e9e, le timbre est agr\u00e9able mais comment donner toute sa mesure en interpr\u00e9tant ce personnage sans personnalit\u00e9 plus obstin\u00e9 que courageux, on sent ses possibilit\u00e9s et l&#8217;on regrette qu&#8217;il ne puisse donner que cela. Plus attentif au r\u00f4le jou\u00e9 qu&#8217;au r\u00f4le chant\u00e9 nous assistons sans doute \u00e0 une performance d&#8217;acteur.<br \/>\n<strong>Kyle Ketelsen<\/strong> domine la distribution comme dans la production de 2010 o\u00f9 il interpr\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le r\u00f4le de Leporello. Sa voix grave garde un timbre chaud dans chaque registre, sa diction est parfaite avec une ligne musicale qui respecte l&#8217;\u00e9criture. Il joue bien malgr\u00e9 une coiffure et un costume qui ne l&#8217;avantagent pas. Il donne du rythme \u00e0 l&#8217;action qui en manque souvent, chaque <i>Air <\/i>est parfaitement chant\u00e9 et on l&#8217;appr\u00e9cie tout particuli\u00e8rement dans <i>l&#8217;Air du Catalogue. <\/i>Une prestation remarquable et remarqu\u00e9e.<br \/>\nLe Don Ottavio de <strong>Paul Groves<\/strong> manque d&#8217;assurance , sa pr\u00e9sence est plus marqu\u00e9e lorsqu&#8217;il lui est possible de chanter dans une position normale et non pas allong\u00e9 sur le sol \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9nud\u00e9. Ce qui passe pour une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre est souvent ridicule sur une sc\u00e8ne lyrique et d\u00e9rangeant pour les chanteurs. Le timbre est agr\u00e9able et il sait conserver une ligne musicale malgr\u00e9 une voix qui manque quelquefois de souplesse. Sa bonne diction lui permet de se faire entendre dans les ensembles tout en se fondant avec les autres voix.\u00a0 Le baryton,<strong> Kostas Smoriginas<\/strong> donne une interpr\u00e9tation tout \u00e0 fait correcte de Masetto. Un peu en retrait sc\u00e9niquement il est tr\u00e8s bien vocalement, poss\u00e9dant un joli vibrato il chante avec musicalit\u00e9 sans avoir toutefois une justesse parfaite.<br \/>\n<strong>Anatoli Kotscherga<\/strong> qui avait d\u00e9j\u00e0 interpr\u00e9t\u00e9 le r\u00f4le du commandeur dans la production de 2010 semble cette ann\u00e9e un peu moins affirm\u00e9 avec moins de pr\u00e9sence mais sa voix profonde de basse r\u00e9ussit \u00e0 s&#8217;imposer malgr\u00e9 une mise en sc\u00e8ne qui enl\u00e8ve beaucoup de puissance au personnage.<br \/>\n<strong>Maria Bebgtsson<\/strong> interpr\u00e8te Donna Anna d&#8217;une voix un peu acide attaquant ses aigus avec rudesse. Plus de souplesse et de nuances lui permettraient d&#8217;avoir plus de <i>legato<\/i>. Apparaissant en tenue plus que l\u00e9g\u00e8re d\u00e8s le d\u00e9but de l&#8217;ouvrage, le personnage imagin\u00e9 par le metteur en sc\u00e8ne est loin de repr\u00e9senter une femme offens\u00e9e et sa voix est plus adapt\u00e9e \u00e0 la Donna Anna de Dmitri Tcherniakov qu&#8217;\u00e0 la Donna Anna de Mozart.<br \/>\nRempla\u00e7ant Sonya Yoncheva au &#8220;pied lev\u00e9&#8221; <strong>Kristine Opolais<\/strong> reprend ce soir le r\u00f4le de Donna Elvira qu&#8217;elle avait chant\u00e9 dans la production de 2010. Elle ne semble donc pas g\u00ean\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne qu&#8217;elle conna\u00eet bien. Sa voix n&#8217;est pas toujours agr\u00e9able dans les aigus chant\u00e9s sans beaucoup de musicalit\u00e9. Elle semble stress\u00e9e au d\u00e9but cherchant sa ligne de chant mais elle prend de l&#8217;assurance au fil des tableaux et les phrases <i>piano<\/i> deviennent plus souples et plus jolies. sans doute avait-elle un peu de difficult\u00e9 \u00e0 entrer dans le personnage.<br \/>\nA mon sens c&#8217;est Zerlina qui poss\u00e8de la plus jolie voix. <strong>Joelle Harvey<\/strong> interpr\u00e8te ce r\u00f4le avec beaucoup de fra\u00eecheur et d&#8217;intelligence. Elle fait de belles nuances, chante juste et sa diction est parfaite, ainsi que son style. Elle para\u00eet un peu perdue dans ce monde de fous mais elle met un peu de vie et de ga\u00eet\u00e9 tout en ne succombant pas totalement \u00e0 Don Juan. <strong>C&#8217;est Marc Minkowski qui dirigeait ce soir Le London Symphony Orchestra.<\/strong> Il se fait conna\u00eetre tr\u00e8s t\u00f4t comme chef d&#8217;orchestre en fondant l&#8217;orchestre des &#8220;Musiciens du Louvre&#8221; et prend une part active au renouveau baroque mais change de direction pour diriger des op\u00e9ras de Bizet, Massenet Verdi ou Wagner. Mozart est donc un compositeur qu&#8217;il conna\u00eet bien. Il dirige l&#8217;ouvrage avec nettet\u00e9 nous faisant entendre de belles sonorit\u00e9s, les <i>tempi<\/i> sont quelques fois trop lents engendrant un peu d&#8217;ennui mais ce que l&#8217;on regrette le plus, ce sont les d\u00e9calages avec les chanteurs qui paraissent de ce fait d\u00e9stabilis\u00e9s. Mais le rythme est soutenu dans les <i>finale<\/i> qui commencent par des <i>duos<\/i> pour finir en feu d&#8217;artifice chant\u00e9s par le septuor. Un <i>Don Giavanni<\/i> d\u00e9cevant qui nous laisse avec la sensation d&#8217;avoir perdu Mozart en cours de route.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aix-en-Provence, 8 Juillet 2013 Cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Prague le 29 octobre 1787 sur un livret de Lorenzo Da Ponte [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":74,"featured_media":87456,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[3470,200,692,5940,9354,3995,387,145,9512],"class_list":["post-66907","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-senza-categoria","tag-dmitri-tcherniakov","tag-don-giovanni","tag-erich-wolfgang-korngold","tag-festival-daix-en-provence","tag-foreign-readers","tag-kyle-ketelsen","tag-marc-minkowski","tag-opera-lirica","tag-rod-gilfry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66907","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/users\/74"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66907"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66907\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/media\/87456"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66907"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66907"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66907"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}