{"id":66923,"date":"2013-07-10T12:12:21","date_gmt":"2013-07-10T10:12:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.gbopera.it\/?p=66923"},"modified":"2016-11-27T04:34:31","modified_gmt":"2016-11-27T03:34:31","slug":"un-rigoletto-pour-le-moins-surprenant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/un-rigoletto-pour-le-moins-surprenant\/","title":{"rendered":"Aix-en-Provence 2013: &#8220;Rigoletto&#8221;"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Aix-en-Provence, 4 Juillet 2013<br \/>\n<\/em>Pour f\u00eater les 200 ans de la naissance du compositeur Giuseppe Verdi, le Festival d&#8217;Aix-en Provence avait d\u00e9cid\u00e9 de Programmer <i>Rigoletto <\/i>pour sa soir\u00e9e d&#8217;ouverture, changeant un peu ainsi l&#8217;image du festival. Cet ouvrage \u00e9crit d&#8217;apr\u00e8s le drame de Victor Hugo <i>Le roi s&#8217;amuse<\/i> n&#8217;avait jamais \u00e9t\u00e9 jou\u00e9 sur cette sc\u00e8ne. Consid\u00e9r\u00e9 comme l&#8217;une des trois oeuvres de la maturit\u00e9 de Verdi, ce drame romantique m\u00e9lange les Airs l\u00e9gers et populaires et les moments d&#8217;une rare intensit\u00e9 dramatique. Cet ouvrage puissant qui d\u00e9voile l&#8217;\u00e2me humaine est soutenu par une \u00e9criture orchestrale color\u00e9e, adapt\u00e9e avec justesse aux situations et compos\u00e9e avec beaucoup de finesse.<br clear=\"none\" \/>Ici, des <i>duos, trios, quartets<\/i> admirablement \u00e9crits, m\u00e9langent la fra\u00eecheur de la voix de la soprano aux voix graves et sombres.<br clear=\"none\" \/>La mise en sc\u00e8ne est confi\u00e9e \u00e0 <strong>Robert Carsen<\/strong> qui revient \u00e0 Aix-en-Provence apr\u00e8s pr\u00e8s de vingt ans d&#8217;absence.<br clear=\"none\" \/>Il revisite l&#8217;ouvrage et l&#8217;on pouvait s&#8217;attendre \u00e0 mieux pour ce retour. Loin des ors de la cour du duc de Mantoue,<strong> l&#8217;action se passe sous le chapiteau d&#8217;un cirque<\/strong> et naturellement, le bouffon Rigoletto devient le clown de servic<i>e.<\/i> Pourquoi pas? Mais non, l&#8217;ouvrage y perd en intensit\u00e9. Des inventions, des extrapolations, et pas toujours du meilleur go\u00fbt font ricaner a salle un moment constern\u00e9e.<br clear=\"none\" \/>Monterone arrive avec un grand sac d&#8217;o\u00f9 il extrait le corps de sa fille morte, la salle de bal \u00e0 la cour du duc de Mantoue est transform\u00e9e en s\u00e9ance de domptage o\u00f9 les fauves sont des <i>steap-teaseuses<\/i> en porte-jarretelles et strings l\u00e9opard adoptant des poses lascives, ce qui rend tout \u00e0 fait inappropri\u00e9e la musique de bal jou\u00e9e par l&#8217;orchestre. Rigoletto joue avec une sorte de mannequin d\u00e9nud\u00e9 d&#8217;une fa\u00e7on assez obsc\u00e8ne. Ce genre de sc\u00e8nes aurait certainement d\u00e9clench\u00e9 l&#8217;ire des spectateurs il y a quelques ann\u00e9es mais ici, rien. Comment maintenir un niveau culturel acceptable si le public ne r\u00e9agit jamais?<br clear=\"none\" \/>Rigoletto affubl\u00e9 d&#8217;un masque blanc, figure de clown ricanante, nous prive des expressions de ce personnage qui passe du cynisme au path\u00e9tique. Pourtant, ces expressions font partie du personnage de Rigoletto et lorsqu&#8217;il se d\u00e9v\u00eat et enl\u00e8ve son masque, il appara\u00eet portant un petit d\u00e9bardeur sans aucune personnalit\u00e9. Comment faire passer alors, l&#8217;intesit\u00e9 dramatique,<br clear=\"none\" \/>On ne sait plus ce qu&#8217;est devenu le duc de Mantoue, un artiste du cirque ou le patron? Ses acolytes montent et descendent les gradins un verre ou une bouteille \u00e0 la main faisant un bruit \u00e9pouvantable, ce qui am\u00e8ne des d\u00e9calages avec l&#8217;orchestre.<br clear=\"none\" \/><strong>La maison de Rigoletto est devenue une roulotte<\/strong> qui s&#8217;ouvre d\u00e9voilant la chambre de Gilda et c&#8217;est ici, un peu \u00e0 l&#8217;\u00e9troit que le p\u00e8re et la fille chante leur joli <i>duo<\/i>.<br clear=\"none\" \/>Au second acte, lorsque les courtisans annoncent au duc que Gilda est enferm\u00e9e dans la chambre, celui-ci, avant d&#8217;aller la rejoindre se d\u00e9shabille, pantalon, chaussettes, cale\u00e7on tout y passe pour afin appara\u00eetre tout nu. Certes, il est joli gar\u00e7on mais bon, est-ce bien utile, jeu sc\u00e9nique ou provocation? Le moment le plus intense de l&#8217;op\u00e9ra, la pri\u00e8re de Rigoletto aux courtisans <i>Piet\u00e0 Signore<\/i> chant\u00e9e sous le chapiteau nous laisse un peu indiff\u00e9rents. C&#8217;est dommage!<br clear=\"none\" \/>Un autre moment dramatique un instant dissip\u00e9 par l&#8217;air du t\u00e9nor <i>La Donna<\/i> <i>\u00e8 mobile<\/i> se passe encore dans ce d\u00e9cor unique, <strong>l&#8217;auberge est figur\u00e9e par un cercle de cordes descendant du plafond<\/strong> o\u00f9 sont rassembl\u00e9es quelques femmes de mauvaise vie. C&#8217;est moderne, \u00e9vite les changements de d\u00e9cors et fait appel \u00e0 notre imagination. Encore sans changement de d\u00e9cor, la sc\u00e8ne du bord de l&#8217;eau se passe devant le rideau ferm\u00e9; Rigoletto d\u00e9couvre sa fille mortellement bless\u00e9e dans le sac qu&#8217;il devait jeter \u00e0 l&#8217;eau, son <i>Mia figlia<\/i> est assez poignant. Le rideau s&#8217;ouvre sur la piste du cirque\u00a0 les courtisans sont l\u00e0 sur les gradins, les lumi\u00e8res arrivent \u00e0 faire un joli tableau o\u00f9 Gilda bless\u00e9e chante ses derni\u00e8res notes sous une femme enroul\u00e9e dans un tissu qui descend puis remonte suspendue \u00e0 une corde. Est-ce l&#8217;\u00e2me de Gilda qui s&#8217;envole? Et que fait-elle l\u00e0 dans le cirque? Tout ceci est assez incoh\u00e9rent. La derni\u00e8re sc\u00e8ne est morbide, un cadavre de femme enroul\u00e9 dans un drap descend des cintres. C&#8217;est l&#8217;effet pour l&#8217;effet.<br clear=\"none\" \/>Si le duc de Mantoue a une image assez lamentable de la femme, Robert Carsen ne fait rien pour att\u00e9nuer cette vision.<br clear=\"none\" \/>On ne peut pas dire que cette production soit une r\u00e9ussite et l&#8217;on sort de ce spectacle avec une sensation de malaise, rien n&#8217;est abouti ni dans la conception ni dans la r\u00e9alisation.Du c\u00f4t\u00e9 des voix m\u00eame sensation inconfortable, on h\u00e9site entre l&#8217;investissement des acteurs et le r\u00e9sultat.<br clear=\"none\" \/><strong>George Gagnidze<\/strong> pourtant reconnu comme un grand Rigoletto ne donne pas ici toute sa mesure. Est-ce d\u00fb \u00e0 la mise en sc\u00e8ne, au costume? On ne ressent pas toutes les ambigu\u00eft\u00e9s du personnage; sa voix, souvent couverte par le bruit des pas dans les gradins ou par l&#8217;orchestre n&#8217;arrive pas \u00e0 nous convaincre; un peu trop claire dans le registre aigu, elle manque de poids et ne passe pas dans le<i> piano<\/i>. Pas du tout soutenu par une mise en sc\u00e8ne qui pourrait-\u00eatre porteuse, la ligne musicale a du mal \u00e0 s&#8217;installer. Il est beaucoup mieux et beaucoup plus cr\u00e9dible \u00e0 la fin o\u00f9 le manque d&#8217;action et l&#8217;orchestre moins pr\u00e9sent lui donnent l&#8217;occasion de s&#8217;exprimer dans un <i>duo<\/i> poignant avec sa fille.<br clear=\"none\" \/>Ce soir <strong>Arturo Chacon-Cruz<\/strong> est le duc de Mantoue. Ce jeune t\u00e9nor d&#8217;origine mexicaine a le physique et la voix du r\u00f4le; investi il donne jeunesse et vigueur au personnage. Sans doute avec un peu de maturit\u00e9 sa voix prendra-t-elle un peu d&#8217;ampleur, mais le timbre est agr\u00e9able et l&#8217;on sent sa ligne musicale pr\u00eate \u00e0 s&#8217;affirmer. Les aigus sont l\u00e0 manquant encore un peu de souffle. Dans son Air <i>La donna \u00e8 mobile<\/i> la voix est plus brillante, plus assur\u00e9e avec des attaques plus franches. Il remporte un vif succ\u00e8s m\u00e9rit\u00e9.<br clear=\"none\" \/>Le r\u00f4le de Sparafucile est chant\u00e9 par la basse <strong>G\u00e0bor Bretz.<\/strong> Tout \u00e0 fait \u00e0 l&#8217;aise son allure inqui\u00e9tante est en accord avec son personnage. Il est tr\u00e8s bien aussi vocalement, ses graves restent timbr\u00e9s et sonores et sa voix bien plac\u00e9e r\u00e9sonne dans chaque registre. Il fait ici une excellente prestation; C&#8217;est l&#8217;autre basse <strong>Wojtek Smilek<\/strong> qui donne corps et pr\u00e9sence au r\u00f4le de Monterone.<br clear=\"none\" \/><strong>Irina Lungu<\/strong> est une tr\u00e8s jolie Gilda,elle a le physique de la pure jeune fille, sa voix est claire et son timbre est agr\u00e9able. On la sent un peu stress\u00e9e au d\u00e9but, mais qui ne le serait pas lorsque l&#8217;on doit chanter l&#8217;Air <i>Caro nome<\/i> perch\u00e9e en \u00e9quilibre sur un trap\u00e8ze \u00e0 une hauteur vertigineuse? Peut-on alors lui reprocher des attaques peu s\u00fbres et une voix un peu crisp\u00e9e?<br clear=\"none\" \/>Pourquoi certains metteurs en sc\u00e8ne font-ils si peu de cas des chanteurs? la question reste pos\u00e9e. Mais d\u00e8s qu&#8217;elle n&#8217;est plus dans les airs, Gilda devient plus assur\u00e9e et laisse exprimer sa musicalit\u00e9 avec fra\u00eecheur et spontan\u00e9it\u00e9. Son <i>duo<\/i> avec Rigoletto \u00e0 la fin de l&#8217;ouvrage est un moment d&#8217;\u00e9motion. La Mezzo-soprano <strong>Jos\u00e8 Maria lo Monaco<\/strong>, arrive \u00e0 s&#8217;imposer dans le r\u00f4le assez court de Maddalena. Sa voix se marie bien avec celle du du et ils forment un <i>duo<\/i> de charme .Tr\u00e8s bonne prestation des autres r\u00f4les de la distribution.<br clear=\"none\" \/>Le choeur estonien bien pr\u00e9par\u00e9 donnait \u00e0 entendre un ensemble vocal de bonne tenue malgr\u00e9 quelques d\u00e9calages avec l&#8217;orchestre.<strong>Gianandrea Noseda<\/strong> dirigeait le London Symphony Orchestra. Souvent trop fort, sans grand souci de soutenir les chanteurs dans une partition pourtant pleine de d\u00e9licatesse avec des <i>tempi<\/i> pas toujours bien appropri\u00e9s, l&#8217;orchestre n&#8217;\u00e9tait pas au mieux de sa forme malgr\u00e9 quelques jolies rondeurs de son.<br clear=\"none\" \/>La question que l&#8217;on peut se poser est pourquoi donc confier \u00e0 des orchestres \u00e0 vocation symphonique le soin de d\u00e9fendre des partitions d&#8217;op\u00e9ras?Un <em>Rigoletto<\/em> qui ne restera pas dans les annales malgr\u00e9 un grand investissement des interpr\u00e8tes et qui obtient tout de m\u00eame un beau succ\u00e8s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aix-en-Provence, 4 Juillet 2013 Pour f\u00eater les 200 ans de la naissance du compositeur Giuseppe Verdi, le Festival [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":74,"featured_media":55269,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[4658,5940,9354,3933,1108,1696,153,673,1593,145,102,1659],"class_list":["post-66923","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-senza-categoria","tag-arturo-chacon-cruz","tag-festival-daix-en-provence","tag-foreign-readers","tag-gabor-bretz","tag-george-gagnidze","tag-gianandrea-noseda","tag-giuseppe-verdi","tag-irina-lungu","tag-jose-maria-lo-monaco","tag-opera-lirica","tag-rigoletto","tag-robert-carsen"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66923","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/users\/74"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66923"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66923\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":86960,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66923\/revisions\/86960"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/media\/55269"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66923"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66923"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66923"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}