{"id":71266,"date":"2014-04-17T02:19:21","date_gmt":"2014-04-17T00:19:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.gbopera.it\/?p=71266"},"modified":"2016-11-26T05:22:11","modified_gmt":"2016-11-26T04:22:11","slug":"marseille-lawrence-foster-misha-dichter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/marseille-lawrence-foster-misha-dichter\/","title":{"rendered":"Marseille: Lawrence Foster &#038; Misha Dichter"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Marseille, sa<\/em><em>ison symphonique 2013 \/ 2014 Le Silo.<\/em><br \/>\n<strong>Orchestre Philharmonique de Marseille<\/strong><br \/>\nDirection <b>Lawrence Foster<br \/>\n<\/b>Piano <b>Misha Dichter<br \/>\n<\/b><em>Leonard Bernstein<b>: <\/b><\/em>Symphonie No 2. &#8221; The Age of Anxiety &#8221;<br \/>\n<em>Maurice Ravel :<\/em> &#8220;Rapsodie espagnole&#8221;; &#8220;Pavane pour une infante d\u00e9funte&#8221;;&#8221;Alborada del gracioso&#8221;; &#8220;Bol\u00e9ro&#8221;<br \/>\n<em>Marseille, 12 avril 2014<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir dirig\u00e9 la IX\u00e8me symphonie de Ludwig van Beethoven dans cette m\u00eame salle la semaine derni\u00e8re, le Maestro <b>Lawrence Foster <\/b>retrouvait ce soir son orchestre pour un programme tout \u00e0 fait diff\u00e9rent, moins lourd, mais tout aussi intense ; et c&#8217;est avec la symphonie No 2 de L\u00e9onard Bernstein, que d\u00e9butait ce concert.<br \/>\nInspir\u00e9e par le po\u00e8me de W. H. Auden &#8221; The Age of Anxiety &#8221; , cette oeuvre a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9e entre 1948 et 1949, et revisit\u00e9e en 1965 par le compositeur.<br \/>\nCette symphonie est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Boston le 8 avril 1949, L\u00e9onard Bernstein est au piano et l&#8217;Orchestre Symphonique de Boston est dirig\u00e9 par Serge Koussevitsky. La nouvelle version, avec cette fois le compositeur \u00e0 la baguette dirigeant le Philharmonique de New York, avec Philippe Entremont au piano sera cr\u00e9\u00e9e le 15 juillet \u00e0 New York.<br \/>\nOriginale dans sa conception, cette symphonie se scinde en deux parties: un prologue et 14 variations pour la premi\u00e8re partie et une deuxi\u00e8me partie comprenant trois atmosph\u00e8res diff\u00e9rentes: The Dirge (largo), The Masque (vivace), et un \u00e9pilogue (Adagio, Andante, Con Moto). Mais la plus grande originalit\u00e9 vient du fait qu&#8217;elle est \u00e9crite pour piano solo et orchestre, le pianiste dialoguant ou jouant en soliste. Bien qu&#8217;assez courte, cette symphonie arrive \u00e0 faire un tout coh\u00e9rent malgr\u00e9 les nombreux changements d&#8217;atmosph\u00e8res.<br \/>\nChaque variation reprenant le th\u00e8me de la variation pr\u00e9c\u00e9dente relate les \u00e9motions et les r\u00e9flexions de quatre personnes en proie \u00e0 l&#8217;anxi\u00e9t\u00e9. La seconde partie est compos\u00e9e avec une id\u00e9e toute diff\u00e9rente, mais o\u00f9 les questions existentielles sont pr\u00e9sentes &#8221; que reste-t-il au del\u00e0 du vide ? &#8221; Une introduction \u00e0 ce questionnement est jou\u00e9e par deux clarinettes solistes dans un <i>piano<\/i> myst\u00e9rieux, puis le piano prend la parole pour un dialogue de 30 minutes durant lequel L\u00e9onard Bernstein pose les questions sans vraiment donner de r\u00e9ponse.<br \/>\nLes 14 variations sont un pr\u00e9texte \u00e0 diverses atmosph\u00e8res o\u00f9 chaque instrument donne une couleur diff\u00e9rente. Une longue descente diatonique tr\u00e8s \u00e9pur\u00e9e du piano, sur fond de petite harmonie joue l&#8217;apaisement. Il ne faut pas chercher une r\u00e9elle ligne musicale, mais se laisser porter par cette succession d&#8217;images sonores o\u00f9 l&#8217;on sent poindre le Bernstein de <i>West side story<\/i>.<br \/>\nC&#8217;est par une \u00e9criture tr\u00e8s Jazzy par moments, ou par l&#8217;emploi d&#8217;associations des sonorit\u00e9s de certains instruments que le compositeur joue sur les \u00e9motions exacerb\u00e9es de l&#8217;auditeur. Dans cette partie, o\u00f9 le pianiste joue sur le d\u00e9s\u00e9quilibre des mesures 5\/8 ou 7\/8, le grand Bernstein appara\u00eet, faisant \u00e9clater la lumi\u00e8re dans une formidable orchestration finale.<br \/>\nLawrence Foster revient ici \u00e0 ses racines am\u00e9ricaines en dirigeant d&#8217;une baguette ferme une musique qui lui convient tout \u00e0 fait, laissant la parole aux instruments solistes dans une recherche de sonorit\u00e9 particuli\u00e8re \u00e0 chacun. Il r\u00e9ussit \u00e0 instaurer un dialogue avec le piano qui prend souvent la parole pour de grands solos. Sans geste inutile, il obtient des nuances parfois extr\u00eames tout en gardant une p\u00e2te sonore qui fait ressortir le velout\u00e9 des <i>pianissimi.<\/i> C&#8217;est un chef d&#8217;orchestre qui laisse jouer tout en ma\u00eetrisant les <i>tempi<\/i> et l&#8217;orchestre<i> ; <\/i>un orchestre qui suit avec souplesse les inflexions donn\u00e9es par la baguette, aussi bien dans les nuances que dans le balancement Jazzy.<br \/>\n<b>Misha Dichter<\/b> interpr\u00e8te cette partition avec suavit\u00e9, son jeu para\u00eet facile tant il joue sans recherche d&#8217;effets avec un toucher d\u00e9licat mais percutant qui donne \u00e0 ses notes clart\u00e9 et musicalit\u00e9 ; ses doigts, telles des pattes de chat se posent sur les touches produisant le li\u00e9 de ses phrases musicales. Sans trop se regarder, le chef et le pianiste interpr\u00e8tent en parfaite entente, se servant de l&#8217;orchestre pour faire ressortir les sentiments voulus par le compositeur. Originale, moderne et pourtant classique, cette oeuvre peu programm\u00e9e demande \u00e0 \u00eatre ressentie plus qu&#8217;\u00e9cout\u00e9e.Tr\u00e8s applaudi, Misha Dichter<b>,<\/b> nous offre en <i>bis<\/i>, la pi\u00e8ce la plus connue de la <i>Suite Bergamasque<\/i> de Claude Debussy : <i>Clair de lune<\/i>.<br \/>\nNous retrouvons dans ce <i>bis<\/i> les qualit\u00e9s de ce grand musicien qu&#8217;est Misha Dichter, d\u00e9j\u00e0 appr\u00e9ci\u00e9es tout au long de la symphonie : d\u00e9licatesse du toucher, jeu perl\u00e9, musicalit\u00e9, notes qui semblent couler avec fra\u00eecheur. On pourrait simplement regretter que le c\u00f4t\u00e9 tr\u00e8s fran\u00e7ais de la musique impressionniste de Claude Debussy, ne se retrouve pas tout \u00e0 fait dans cette interpr\u00e9tation, mais ce <i>bis<\/i> reste un moment de musique pure, tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 par l&#8217;auditoire.<br \/>\nLa seconde partie du concert \u00e9tait consacr\u00e9e \u00e0 Maurice Ravel, mais \u00e0 certaines de ses compositions faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&#8217;Espagne et \u00e0 sa musique ; compositions qui s&#8217;\u00e9talent entre 1899 et 1928.<br \/>\nLes trois premi\u00e8res oeuvres initialement \u00e9crites pour le piano, seront orchestr\u00e9es plus tard par le compositeur. Seul le <i>Bol\u00e9ro<\/i> est originellement compos\u00e9 pour orchestre. Bien que ces musiques soient hispanisantes, on reconna\u00eet l&#8217;esprit fran\u00e7ais dans leur \u00e9criture, et c&#8217;est ce c\u00f4t\u00e9 tr\u00e8s particulier qui est difficile \u00e0 faire ressortir. Pour bien diriger la musique de Maurice Ravel, il faut garder en m\u00e9moire la personnalit\u00e9 du compositeur, homme raffin\u00e9, \u00e9l\u00e9gant, pudique et perfectionniste, pouvant \u00e9crire une musique suave et color\u00e9e. C&#8217;est en demi-teinte que cet extraordinaire orchestrateur fait ressortir ses sentiments jusque dans les <i>fortissimi<\/i> nuanc\u00e9s. Il y a toujours une double lecture.<br \/>\n<b>Lawrence Foster<\/b> l&#8217;a tout \u00e0 fait compris, et d\u00e8s les premi\u00e8res mesures de la <i>Rapsodie espagnole,<\/i> on sait qu&#8217;avec ce chef d&#8217;orchestre qui fait montre d&#8217;une grande souplesse, la musique de Maurice Ravel sera interpr\u00e9t\u00e9e avec justesse ; jouant sur les <i>tempi<\/i> et les sonorit\u00e9s, il fait ressortir les atmosph\u00e8res cr\u00e9\u00e9es par le son particulier de chaque instrument et voulues par le compositeur : le <i>piano <\/i>des violons, l&#8217;\u00e9quilibre des deux clarinettes jouant en solo, la plainte du cor anglais ou les \u00e9clats tr\u00e8s nuanc\u00e9s des trompettes. C&#8217;est d&#8217;une grande finesse d&#8217;interpr\u00e9tation avec au quatuor, ce balancement jou\u00e9 sans exag\u00e9ration. Les contrastes faits sans brutalit\u00e9 font ressortir le c\u00f4t\u00e9 subtil de la musique de Maurice Ravel, pour finir dans un \u00e9clat au son large.<br \/>\nLa <i>Pavane pour une infante d\u00e9funte<\/i>, est interpr\u00e9t\u00e9e avec beaucoup de tendresse, de retenue et l&#8217;orchestre se fond dans le son velout\u00e9 du cor solo. Dans cette pi\u00e8ce tout en nuances, Lawrence Foster sait faire respirer et faire attendre les notes qui arrivent sans pr\u00e9cipitation. Pour <i>Alborada del gracioso,<\/i> c&#8217;est l&#8217;Espagne des ornementations, des castagnettes et des <i>pizzicati<\/i> qui font penser aux guitares que l&#8217;on entend. C&#8217;est le folklore sans les flonflons, la tendresse du basson et les couleurs hispaniques chaudes qui gardent un certain myst\u00e8re. Tout est contenu dans cette aubade jou\u00e9e sans lourdeur.<br \/>\nLe <i>Bol\u00e9ro <\/i>\u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 pour la fin du concert. Si cette pi\u00e8ce est l&#8217;une des derni\u00e8res oeuvres \u00e9crites par Maurice Ravel, elle est aussi l&#8217;une des pi\u00e8ces musicales les plus jou\u00e9es de par le monde. Oeuvre originale s&#8217;il en est, le<i> Bol\u00e9ro<\/i>, \u00e9crit pour un ballet met en opposition le rythme immuable jou\u00e9 \u00e0 la caisse claire comme un leitmotiv, et une courte phrase musicale, reprise par chaque instrument soliste, pos\u00e9e sur ce rythme. Si cette oeuvre para\u00eet simple, elle est tout \u00e0 fait novatrice et difficile \u00e0 interpr\u00e9ter.<br \/>\nD&#8217;une grande rigueur de rythme, chaque intervention soliste est une prise de risque. Des quatre pi\u00e8ces de Maurice Ravel jou\u00e9es ce soir, c&#8217;est peut-\u00eatre l&#8217;interpr\u00e9tation la moins aboutie. Sans doute aurions-nous aim\u00e9 un peu plus de relief et de mordant dans l&#8217;accompagnement rythmique du quatuor et une caisse claire plac\u00e9e au milieu de l&#8217;orchestre pour profiter pleinement de ce rythme lancinant, mais la mise en valeur de chaque instrument soliste fait ressortir les sonorit\u00e9s amples et homog\u00e8nes sur lesquelles on peut parfaitement imaginer le mouvement d&#8217;un danseur.<br \/>\nLawrence Foster a su maintenir la tension pr\u00e9sente jusqu&#8217;\u00e0 la fin par un lent\u00a0 <i>crescendo <\/i>lib\u00e9rateur. C&#8217;est un d\u00e9ferlement d&#8217;applaudissements, mettant \u00e0 l&#8217;honneur chaque instrument soliste et plus particuli\u00e8rement le trombone solo et la caisse claire solo. Une grande rigueur est demand\u00e9e au chef d&#8217;orchestre qui a bas\u00e9 cette soir\u00e9e sur la pr\u00e9cision, la musicalit\u00e9 et les sonorit\u00e9s. Une belle soir\u00e9e de musique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marseille, saison symphonique 2013 \/ 2014 Le Silo. 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