{"id":71447,"date":"2014-04-19T02:01:11","date_gmt":"2014-04-19T00:01:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.gbopera.it\/?p=71447"},"modified":"2016-11-26T05:12:11","modified_gmt":"2016-11-26T04:12:11","slug":"aix-en-provence-festival-de-paquesyannick-nezet-seguin-lisa-batiashvili","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/aix-en-provence-festival-de-paquesyannick-nezet-seguin-lisa-batiashvili\/","title":{"rendered":"Aix-en-Provence, Festival de P\u00e2ques:Yannick N\u00e9zet-S\u00e9guin &#038; Lisa Batiashvili"},"content":{"rendered":"<p><em>Aix-en-Provence, Festival de P\u00e2ques<\/em><br \/>\n<b><b>Orchestre Philharmonique de Rotterdam<br \/>\n<\/b><\/b>Direction musicale <b>Yannick N\u00e9zet-S\u00e9guin<\/b><br \/>\nViolon <b>Lisa Batiashvili<\/b><br \/>\n<em>Ludwig van Beethoven:<\/em>\u00a0Concerto pour violon en r\u00e9 majeur op 61.<br \/>\n<em>Piotr Ilitch Tcha\u00efkovski:<\/em>\u00a0Symphonie No 6 en si mineur\u00a0<i>Path\u00e9tique<\/i>.<br \/>\n<em>Aix-en-Provence, 16 avril 2014<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La cr\u00e9ation du Festival de P\u00e2ques d&#8217;Aix-en-Provence<\/strong>, avait \u00e9t\u00e9 une r\u00e9ussite aussi bien par la qualit\u00e9 des concerts propos\u00e9s que par la fr\u00e9quentation du public, et cette deuxi\u00e8me \u00e9dition qui a d\u00e9but\u00e9 le 14 avril, promet d&#8217;\u00eatre encore plus retentissante. Au programme, en cette\u00a0 soir\u00e9e du 16 avril dans la salle du Grand Th\u00e9\u00e2tre de Provence, Ludwig van Beethoven et son c\u00e9l\u00e8bre concerto en r\u00e9 majeur jou\u00e9 ici par la jeune violoniste g\u00e9orgienne\u00a0<b>Lisa Batiashvili<\/b>, et Piotr Ilitch Tcha\u00efkovski pour sa grandiose 6\u00e8me symphonie, interpr\u00e9t\u00e9e par l&#8217;Orchestre Philharmonique de Rotterdam sous la baguette du Maestro <strong>Yannick N\u00e9zet-S\u00e9guin.<\/strong><br \/>\nBien qu&#8217;encore tr\u00e8s jeune, elle n&#8217;a que 35 ans, Lisa Batiashvili fait partie du monde tr\u00e8s restreint des virtuoses de son temps. Elle allie charme, technique, musicalit\u00e9 et surtout talent ;\u00a0 le talent, c&#8217;est poss\u00e9der tout cela et ce petit plus qui ne s&#8217;acquiert\u00a0 pas en travaillant. Le talent se porte en soi, se voit, s&#8217;entend et\u00a0 surtout se per\u00e7oit.<br \/>\nOn ne joue plus du violon actuellement comme on en jouait il y a trente ou quarante ans. Les concertistes s&#8217;expriment aujourd&#8217;hui avec beaucoup plus d&#8217;\u00e9nergie et d&#8217;investissement physique. Alors que les sentiments se faisaient ressentir avec beaucoup d&#8217;int\u00e9riorit\u00e9, ils sont maintenant expos\u00e9s avec plus de pr\u00e9sence et d&#8217;intensit\u00e9. Ce qui a chang\u00e9 de fa\u00e7on spectaculaire, c&#8217;est la technique d&#8217;archet. L&#8217;archet fait le son, c&#8217;est le souffle du chanteur, et tous les grands violonistes actuels ont une prise de son extraordinaire qui fait ressortir les\u00a0<i>pianissimi<\/i>\u00a0intens\u00e9ment. Le violoniste concertiste n&#8217;est plus cet instrumentiste \u00e9l\u00e9gant et rac\u00e9 qui semblait tirer les sons de son violon tout en restant un peu ext\u00e9rieur, le violoniste nouvelle g\u00e9n\u00e9ration poss\u00e8de son violon, le domine, le soumet et &#8221; joue avec ses tripes &#8220;.<br \/>\nSi tout au long de ce concerto de Beethoven, on remarque la suret\u00e9 de la main gauche de Lisa Batiashvili, sa justesse sans faille et son vibrato intense, c&#8217;est sa technique d&#8217;archet qui fait toute la diff\u00e9rence, le son est pur, aussi bien dans les\u00a0<i>pianissimi<\/i>\u00a0c\u00e9lestes que dans les<i>\u00a0forte<\/i>\u00a0puissants qui ne saturent jamais. Le souffle est dans l&#8217;archet et lui permet d&#8217;aller au del\u00e0 des difficult\u00e9s techniques avec facilit\u00e9. Servie par le beau son du quatuor et la justesse de l&#8217;harmonie, cette superbe violoniste nous donne \u00e0 entendre un premier mouvement sensible, bien que commenc\u00e9 un peu sagement, mais le temp\u00e9rament que l&#8217;on sent sous chaque note prend le dessus pour nous livrer une\u00a0<i>cadence\u00a0<\/i>de toute beaut\u00e9.<br \/>\nPlus habitu\u00e9s \u00e0 entendre les\u00a0<i>cadences\u00a0<\/i>de Fritz Kreisler ou de Joseph Joachim, nous sommes vite s\u00e9duits parc celle \u00e9crite par Alfred Schnittke. Ce compositeur sovi\u00e9tique d&#8217;origine allemande int\u00e9ress\u00e9 par la musique s\u00e9rielle, nous fait \u00e9couter des harmonies modernes, ponctu\u00e9es par quelques accents rajout\u00e9s aux timbales. C&#8217;est une\u00a0<i>cadence<\/i>\u00a0puissante, intense o\u00f9 le son reste homog\u00e8ne dans les changements de cordes et d&#8217;archets n&#8217;excluant pas les nuances qui jouent sur les \u00e9motions.<br \/>\nLe deuxi\u00e8me mouvement lent et suave, permet d&#8217;appr\u00e9cier les sons extr\u00eamement purs du violon\u00a0<b>Guarnerius del G\u00e9s\u00f9<\/b>\u00a0de 1739. La magie de ces violons, qui depuis pr\u00e8s de trois cents ans chantent avec puret\u00e9, ne serait pas l\u00e0 sans la p\u00e2te sonore du violoniste. C&#8217;est une fusion compl\u00e8te entre l&#8217;instrument et l&#8217;instrumentiste. Aucun instrument n&#8217;a le m\u00eame son, aucun violoniste n&#8217;a le m\u00eame vibrato. C&#8217;est donc un mouvement sans lenteur, tout de charme et de tendresse jou\u00e9 dans un style \u00e9pur\u00e9, que Lisa Batiashvili nous livre ici. Bien soutenue par l&#8217;orchestre qui se fond dans sa sonorit\u00e9, elle peut s&#8217;exprimer librement, jouant sur les nuances et les ralentis, laissant les notes en suspension.<br \/>\nLe troisi\u00e8me mouvement vif sans exc\u00e8s, reste confortable. Le chef suit avec enthousiasme et pr\u00e9cision, tout en donnant une grande souplesse \u00e0 la soliste qui laisse son archet respirer et permet \u00e0 chaque note de s&#8217;exprimer.<br \/>\nYannick N\u00e9zet-S\u00e9guin dirige avec efficacit\u00e9 dans un\u00a0<i>tempo<\/i>\u00a0soutenu, se mettant au service de la soliste.<br \/>\nC&#8217;est du beau violon, d&#8217;une grande musicalit\u00e9, pour une interpr\u00e9tation o\u00f9 orchestre et soliste ont jou\u00e9 dans une parfaite communion de sentiments.<br \/>\nSous les bravos et les applaudissements enthousiastes du public, Lisa Batiashvili, charmante et dans un fran\u00e7ais parfait, nous annonce\u00a0<i>une Chanson<\/i>\u00a0<i>g\u00e9orgienne<\/i>jou\u00e9e en\u00a0<i>bis<\/i>, accompagn\u00e9e par le quatuor de l&#8217;orchestre.<br \/>\nCette m\u00e9lodie aux accents orientaux interpr\u00e9t\u00e9e avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 exprime la nostalgie. Le beau son plein, rond, donn\u00e9 par un archet \u00e0 la corde laisse ressortir le contre-chant du quatuor. Les\u00a0<i>glissandi<\/i>\u00a0harmoniques des violoncelles repris par la soliste cr\u00e9ent une atmosph\u00e8re particuli\u00e8re. Point n&#8217;est besoin de virtuosit\u00e9 dans ce\u00a0<i>bis<\/i>\u00a0pour reconna\u00eetre et appr\u00e9cier une artiste qui nous a charm\u00e9s tout au long de la premi\u00e8re partie de ce concert.<br \/>\nLes sixi\u00e8mes symphonies semblent inspirer les compositeurs d&#8217;une \u00e9trange mani\u00e8re. La symphonie No 6 de Gustav Mahler sera nomm\u00e9e\u00a0<i>Tragique<\/i>\u00a0plus tard et celle de Piotr Ilitch Tcha\u00efkovski sera appel\u00e9e\u00a0<i>Path\u00e9tique<\/i>\u00a0par le fr\u00e8re du compositeur.<br \/>\nQuand on sait que Tcha\u00efkovski mourra quelques jours apr\u00e8s avoir dirig\u00e9 cette symphonie pour sa cr\u00e9ation, on peut penser que ce titre lui convient tr\u00e8s bien, en plus de l&#8217;angoisse qui transparait dans toute l&#8217;oeuvre.<br \/>\nSi la musique apporte \u00e0 elle seule cette sensation de tristesse et d&#8217;appr\u00e9hension, sa conception m\u00eame, renforce cette atmosph\u00e8re lourde ; en effet, tr\u00e8s inhabituellement, elle se termine par un mouvement lent, dans un grand\u00a0<i>piano<\/i>, comme un adieu au monde et \u00e0 ses angoisses.<br \/>\nAu d\u00e9but du premier mouvement, les moments de m\u00e9lancolie \u00e9voqu\u00e9s par le quatuor et la clarinette solo c\u00e8dent la place \u00e0 des moments de r\u00e9voltes jou\u00e9s par un orchestre d\u00e9cha\u00een\u00e9, f\u00e9roce m\u00eame. Le chef d&#8217;orchestre joue sur les contrastes avec une grande implication. Il fait jouer son orchestre, le fait-il trop ?<br \/>\nOn sent un Tcha\u00efkovski en proie aux tourments arriv\u00e9s \u00e0 leur paroxysme.<br \/>\nYannick N\u00e9zet-S\u00e9guin impose sa vision de l&#8217;oeuvre tout en faisant ressortir les sonorit\u00e9s de l&#8217;orchestre, aussi bien les larges sons des trombones jou\u00e9s comme un choral, que le son \u00e9mouvant de la clarinette et joue sur les couleurs des instruments.<br \/>\n<i>L&#8217;Allegro con grazia<\/i>\u00a0est vraiment \u00e9crit avec gr\u00e2ce, cette valse pourtant \u00e0 cinq temps, est un moment d&#8217;optimisme et de r\u00e9pit voulu par le compositeur.<br \/>\nPeut-\u00eatre le\u00a0<i>tempo<\/i>\u00a0trop rapide enl\u00e8ve-t-il un peu de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et de charme \u00e0 ce mouvement ?<br \/>\nYannick N\u00e9zet S\u00e9guin para\u00eet \u00eatre un chef d&#8217;orchestre moderne, press\u00e9. Investi dans ses gestes il oublie quelques fois de laisser les notes respirer. Il dirige sans baguette et prend litt\u00e9ralement son orchestre &#8221; \u00e0 bras le corps &#8220;. Un orchestre \u00e0 l&#8217;\u00e9coute et qui r\u00e9pond avec vivacit\u00e9 aux demandes d&#8217;un chef attentif mais peut-\u00eatre un peu trop nerveux, qui sait toutefois faire de belles nuances et de superbes\u00a0<i>pianissimi<\/i>.<br \/>\nLe troisi\u00e8me mouvement commence &#8221; sur les chapeaux de roues &#8221; avec un d\u00e9tach\u00e9 pr\u00e9cis des violons. C&#8217;est un beau travail de chef qui tient le rythme, mais ce rythme infernal enl\u00e8ve le petit c\u00f4t\u00e9 militaire du temps en marche avec les doutes qui l&#8217;accompagnent.<br \/>\nUne mont\u00e9e en puissance vraiment tr\u00e8s\u00a0<i>forte<\/i>\u00a0termine ce mouvement en apoth\u00e9ose.<br \/>\nPour \u00e9viter tout risque d&#8217;applaudissement intempestifs, le chef encha\u00eene d&#8217;un geste large et sans respirer le dernier mouvement. Les sonorit\u00e9s deviennent plus profondes, le calme revient apr\u00e8s la temp\u00eate des sons et l&#8217;on peut pleinement profiter du vibrato intense du quatuor et de sa respiration int\u00e9rieure.<br \/>\nYannick N\u00e9zet-S\u00e9guin nous livre une version personnelle de cette symphonie, un peu trop agit\u00e9e et loin de l&#8217;atmosph\u00e8re russe si ch\u00e8re \u00e0 Tcha\u00efkovski qui revendiquait haut et fort pour sa musique, l&#8217;appartenance \u00e0 l&#8217;\u00e2me de son pays.<br \/>\nC&#8217;est une belle performance de chef et d&#8217;orchestre auxquels on reconnait d&#8217;immenses qualit\u00e9s mais assez \u00e9loign\u00e9e de la personnalit\u00e9 douloureuse de Piotr Ilitch Tcha\u00efkovski, peut-\u00eatre la retrouve-t-on dans cette fin, jou\u00e9e\u00a0<i>piano<\/i>\u00a0comme dans un souffle qui s&#8217;\u00e9teint. Nous avons fait une balade en Russie dans un train \u00e0 grande vitesse qui nous laisse essouffl\u00e9s mais ravis par cette soir\u00e9e de musique \u00e0 la rencontre de personnalit\u00e9s talentueuses.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aix-en-Provence, Festival de P\u00e2ques Orchestre Philharmonique de Rotterdam Direction musicale Yannick N\u00e9zet-S\u00e9guin Violon Lisa Batiashvili Ludwig van Beethoven:\u00a0Concerto [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":74,"featured_media":71455,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[14678,9354,10342,3645,10343,915],"class_list":["post-71447","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-senza-categoria","tag-concerti","tag-foreign-readers","tag-lisa-batiashvili","tag-ludwig-van-beethoven","tag-orchestre-philharmonique-de-rotterdam","tag-yannick-nezet-seguin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71447","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/users\/74"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=71447"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71447\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/media\/71455"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=71447"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=71447"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=71447"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}