{"id":74503,"date":"2014-07-06T22:44:24","date_gmt":"2014-07-06T20:44:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.gbopera.it\/?p=74503"},"modified":"2016-11-26T02:23:03","modified_gmt":"2016-11-26T01:23:03","slug":"festival-daix-en-provencewinterreise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/festival-daix-en-provencewinterreise\/","title":{"rendered":"Festival d&#8217;Aix-en-Provence:&#8221;Winterreise&#8221;"},"content":{"rendered":"<p><em>Festival d&#8217;Aix-en-Provence 2014,<\/em> <em>Auditorium du conservatoire Darius Milhaud<\/em><br \/>\n<strong>&#8220;WINTERREISE&#8221; (Voyage d&#8217;hiver) D.991\u00a0 <\/strong><br \/>\nCycle de Lieder pour voix et piano, po\u00e8mes de\u00a0Wilhelm M\u00fcller.<br \/>\nMusique de <strong>Franz Schubert\u00a0 <\/strong><br \/>\nBaryton <strong>Matthias Goerne<\/strong><br \/>\nPiano <strong>Markus Interh\u00e4user<\/strong><br \/>\nMise en sc\u00e8ne et cr\u00e9ation visuelle <strong>William Kentridge <\/strong><br \/>\nSc\u00e9nographie <strong>Sabine Theunissen <\/strong><br \/>\nCostumes <strong>Greteta Goiris <\/strong><br \/>\nLumi\u00e8res <strong>Hermann Sorgeloos <\/strong><br \/>\nMontage vid\u00e9o <strong>Snezana Marovic <\/strong><br \/>\nOp\u00e9ratrice vid\u00e9o <strong>Kim Gunning <\/strong><br \/>\n<em>Aix-en-Provence , 4 juillet 2014<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Monsieur Bernard Foccroulle et le Festival d&#8217;Aix-en-Provence, avaient d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9dier cet apr\u00e8s-midi du 4 juillet \u00e0 Franz Schubert et son Winterreise ( Voyage d&#8217;hiver ) et l&#8217;Auditorium du conservatoire de musique Darius Milhaud d&#8217;Aix-en-Provence semblait un lieu propice \u00e0 ce rendez-vous. Mais pour poursuivre cette recherche de cr\u00e9ation mais aussi d&#8217;excellence, Bernard Foccroulle a eu l&#8217;envie d&#8217;associer des images \u00e0 la musique et \u00e0 la po\u00e9sie des mots. Jusque l\u00e0, le baryton Matthias Goerne n&#8217;avait jamais voulu ajouter un quelconque visuel \u00e0 ce chant si intime, qu&#8217;il devait rester, avec le pianiste Markus Hinterh\u00e4user, un voyage int\u00e9rieur \u00e0 deux voix. Son acceptation des dessins anim\u00e9s de William Kentridge, est donc pour nous un gage de qualit\u00e9, et surtout une promesse de communion dans la sensibilit\u00e9 des trois artistes. Car pour que la magie op\u00e8re, les personnalit\u00e9s doivent se faire oublier pour n&#8217;\u00eatre que ce voyageur meurtri dont la fatigue et le d\u00e9senchantement le conduiront jusqu&#8217;\u00e0 un \u00e9vanouissement dans le d\u00e9sert glac\u00e9 de la solitude.<br \/>\nNe cherchant pas \u00e0 cr\u00e9er des images nouvelles sur le texte et la musique, l&#8217;artiste Sud-africain <strong>William Kentridge<\/strong> se plonge dans ses dessins utilis\u00e9s pour des films ant\u00e9rieurs, se lib\u00e9rant ainsi des diktats du texte et n&#8217;en gardant que l&#8217;inspiration. Et tout fonctionne : ce noir et blanc cr\u00e9\u00e9 par des traits de fusain, cette m\u00e9lancolie universelle, cette solitude que tout \u00eatre humain transporte avec lui, cette violence sous-jacente transpos\u00e9e en images. Car si ces Lieder \u00e9manent d&#8217;un Franz Schubert d\u00e9sabus\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 atteindre l&#8217;intol\u00e9rable, ils portent en eux le c\u00f4t\u00e9 universel de la souffrance.<br \/>\nFranz Schubert \u00e9crit ces Lieder en 1827, un an avant sa mort. Il les \u00e9crit en deux fois, n&#8217;h\u00e9sitant pas \u00e0 en changer l&#8217;ordre. Il d\u00e9couvre les po\u00e8mes de Wilhem M\u00fcller tout justes parus et trouve que ce &#8221; Palais des glaces &#8221; est en parfaite ad\u00e9quation avec ses \u00e9tats d&#8217;\u00e2me. Ces po\u00e8mes lui font-ils entendre le glas sonn\u00e9 par ces cloches glac\u00e9es ? Il n&#8217;en reste pas moins que la musique ne fait qu&#8217;un avec le texte et que ces Lieder sont un testament qui porte \u00e0 la r\u00e9flexion. Ce peut-il qu&#8217;une telle richesse int\u00e9rieure ne m\u00e8ne qu&#8217;\u00e0 cette solitude effroyable ? Beethoven meurt ainsi que Wilhem M\u00fcller, et Franz Schubert termine son cycle de Lieder du Voyage d&#8217;hiver. C&#8217;est le r\u00e9cit d&#8217;une errance qui apporte la glaciation des sentiments ; les premiers Lieder, empreints d&#8217;un grand romantisme ( douleur, larmes ), nous emmennent d\u00e8s &#8221; Le regard en arri\u00e8re &#8221; sur un chemin de croix qui s&#8217;ach\u00e8ve avec cette question au joueur de vielle : &#8221; Etrange vieillard, dois-je aller avec toi ? &#8221; Au moyen \u00e2ge, la mort \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9e jouant du violon ou du luth, est-ce le d\u00e9part pour le n\u00e9ant ?\u00a0 Franz Schubert utilise le staccato, les respirations, les silences, le chuchotement, et \u00e9crit 16 de ses Lieder dans le mode mineur, la tonalit\u00e9 de la tristesse, pour cette musique sans grande lumi\u00e8re o\u00f9 m\u00eame l&#8217;oiseau est l&#8217;oiseau noir par excellence : la corneille. Sommet du Lieder romantique, ce cycle commenc\u00e9 par une trahison amoureuse se termine avec la fin d&#8217;un r\u00eave d&#8217;amour absolu.<br \/>\nLe duo <strong>Matthias Goerne<\/strong> &#8211; <strong>Markus Hinterh\u00e4user<\/strong> fonctionne au point qu&#8217;il est impossible de les dissocier tant leur jeu est en osmose, tel le duo form\u00e9 par les deux grands artistes qu&#8217;\u00e9taient Pierre Barbizet &#8211; Christian Ferras, dans un autre registre.<br \/>\nDe Pierre Barbizet, Markus Hinterh\u00e4user a le toucher qui donne cette sonorit\u00e9 inimitable et que nous retrouvons ici pour la premi\u00e8re fois, ces notes percutantes mais qui ne semblent pas frapp\u00e9es, des notes qui paraissent venir des pattes d&#8217;un chat qui effleurerait les touches avec d\u00e9licatesse. Tout en accompagnant le chanteur, Markus Hinterh\u00e4user joue une partition de soliste mais souvent sotto vocce, avec des forte qui restent dans une certaine retenue, comme si les paroles \u00e9taient dites par les touches du piano. Dans ce jeu, le silences sont aussi une musique, la musique des respirations, des sentiments sugg\u00e9r\u00e9s et d&#8217;un dialogue int\u00e9rieur C&#8217;est superbe et en harmonie avec la pens\u00e9e de Franz Schubert et l&#8217;interpr\u00e9tation de Matthias Goerne.<br \/>\nCe baryton allemand, \u00e9l\u00e8ve entre autres de Dietrich Fischer-Dieskau qui chantera ces Lieder de schubert pour son premier concert en 1942, nous donne ici une version personnelle et si belle que l&#8217;on reste sous le charme longtemps apr\u00e8s la fin du concert.<br \/>\nImpressionnant par son allure, Matthias Goerne fera bien vite oublier son physique pour n&#8217;\u00eatre qu&#8217;une voix, qu&#8217;un timbre, qu&#8217;un souffle, pour n&#8217;\u00eatre que ce voyageur, cet amoureux qui souffre, cette humanit\u00e9 qui cherche un chemin sans le trouver, mais qui trouve lui, le chemin qui touche le coeur et l&#8217;\u00e2me de chacun. Il n&#8217;est pas que dans une perfection de chant, et en cela il va plus loin que Dietrich Fischer-Dieskau, il va plus loin que la technique qu&#8217;il a laiss\u00e9e sur le chemin pendant ses errances pour ne garder que la quintessence, le souffle, la chaleur de l&#8217;\u00e2me dans ce froid glacial. Il a le timbre qui r\u00e9chauffe les coeurs meurtris. C&#8217;est si beau ce long monologue int\u00e9rieur \u00e0 deux voix, que l&#8217;on se dit qu&#8217;il existe une beaut\u00e9 qui va au-del\u00e0 de la perfection : la communion de deux artistes habit\u00e9s qui, comme Schubert le d\u00e9sirait ne font jamais \u00e9clater les forte ni \u00e9clater leurs sentiments.<br \/>\n<strong>Les image propos\u00e9es par William Kentridge<\/strong> sont des images fortes, quelques fois dures, aux traits de fusain appuy\u00e9s : l&#8217;eau sous ses aspects b\u00e9n\u00e9fiques, mais aussi dans ses exc\u00e8s, apportant le malheur dans le trop, le couple dans cette recherche d&#8217;affection, les poteux indicateurs, le vol lourd de la corneille, les feuilles de l&#8217;arbre qui s&#8217;envolent pour ne laisser que le d\u00e9nuement, et toujours cet homme qui marche, semblant savoir o\u00f9 il va, mais qui marche sans fin. Les images collent au texte et ne le d\u00e9rangent pas, elles renforcent le c\u00f4t\u00e9 sombre de ce voyage, nous entra\u00eenant vers un monde qui, lui, d\u00e9range.<br \/>\nUn moment intense duquel on ne sort pas indemne, mais surtout un moment de perfection. Au l&#8217;instant o\u00f9 nous sortons du concert, nous sommes tout de suite remis dans le contexte actuel, le couperet tombe, la repr\u00e9sentation de ce soir, <em>Le Turc en Italie<\/em> n&#8217;aura pas lieu suite au mouvement de gr\u00e8ve annonc\u00e9 par les intermittents du spectacle. Quand r\u00e9ussirons-nous \u00e0 faire de la beaut\u00e9 une priorit\u00e9 ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Festival d&#8217;Aix-en-Provence 2014, Auditorium du conservatoire Darius Milhaud &#8220;WINTERREISE&#8221; (Voyage d&#8217;hiver) D.991\u00a0 Cycle de Lieder pour voix et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":74,"featured_media":74506,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[14678,5940,9354,2426,11326,11323,4397,11325,11324,4861],"class_list":["post-74503","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-senza-categoria","tag-concerti","tag-festival-daix-en-provence","tag-foreign-readers","tag-franz-schubert","tag-greteta-goiris","tag-markus-interhauser","tag-matthias-goerne","tag-sabine-theunissen","tag-william-kentridge","tag-winterreise"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74503","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/users\/74"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=74503"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74503\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/media\/74506"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=74503"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=74503"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.studioroldo.it\/gbopera\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=74503"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}